Quand notre cerveau nous joue des tours…

Avez-vous déjà entendu parler des biais cognitifs ? Il s’agit de stratégies mises en place par notre cerveau dans le traitement d’une information, qui visent en premier lieu bien souvent à gagner du temps dans nos prises de décisions, mais qui vont souvent à l’encontre d’une manière de pensée rationnelle et logique. Et vous allez-voir que ces biais se manifestent régulièrement dans votre quotidien à vos dépends !

Il existe différents biais cognitifs : le biais de négativité qui est la tendance à donner plus de poids aux expériences négatives qu’aux expériences positives, le biais du temps présent qui est le fait de privilégier le résultat immédiat, même s’il est moins avantageux, plutôt que le résultat sur du long terme, ou encore le biais de représentativité, qui lui, nous fait considérer un élément comme représentatif d’une population.

Pour cet article, je vous parle du biais de confirmation, qui est particulièrement présent dans nos vies, et que je rencontre régulièrement comme blocages chez mes clients lors des consultations.

Le biais de confirmation : nous croyons ce que nous voulons croire !

C’est ce biais cognitif qui m’a donné envie de faire un article sur ce sujet. Étrangement, j’en entends beaucoup parler en ce moment, et particulièrement un soir cette semaine lors d’un reportage sur l’accident d’un avion de ligne d’une célèbre compagnie asiatique, dans lequel un spécialiste des comportements humains nous faisait part de son analyse du comportement des pilotes lors de cet accident, et particulièrement de l’impact du biais de confirmation dans l’erreur de pilotage.

Alors que s’est-il passé dans la tête des pilotes ?

Erwan Doisy, pilote professionnel « , nous relate l’évènement et son interprétation par les pilotes :

« Avant toute chose, il faut préciser que la compétence de l’équipage, composé de trois pilotes expérimentés et toujours bien notés, n’a pas à être mise en cause dans cet évènement.

Le 31 octobre 2000, il est 23 heures et une tempête souffle sur l’aéroport de Taïwan. Après avoir fait, refait, et contre-vérifié tous ses calculs, le pilote remplaçant, en retrait derrière les pilotes en fonction, transmet au commandant sa conclusion, selon laquelle l’avion peut décoller malgré les conditions, mais qu’il ne faut pas tarder, les prévisions météos annonçant que la situation se dégraderait de minute en minute. Une pluie torrentielle s’abat sur le sol et limite la visibilité.

Le contrôleur aérien donne l’autorisation à l’avion de quitter le parking pour rouler jusqu’à la piste 05L (L, pour left : il y a deux pistes parallèles sur cet aéroport, une 05L et une 05R pour right). Le commandant débloque les freins, et fait rouler l’avion. Au vu des conditions météorologiques, il décide prudemment de rouler à moins de vingt kilomètres par heure, soit environ deux fois moins vite qu’à l’accoutumée. Au loin se profile un virage, et l’équipage prépare consciencieusement son décollage. Le commandant demande à l’officier pilote de lui lire les NOTAMs du jour (NOTice To AirMen, un bulletin qui précise quotidiennement les conditions inhabituelles du jour, comme des travaux sur l’aéroport, ou un changement de fréquence radio pour les échanges avec le contrôleur par exemple). Aujourd’hui, un NOTAM précise que la piste 05R est fermée, pour cause de travaux. « Après le virage, la piste est à 250 mètres, c’est la deuxième à la droite » précise l’officier pilote qui consulte la carte de l’aéroport pendant que le commandant fait toujours rouler l’avion. L’avion prend le virage et continue sa lente avancée sous la pluie. Chacun est très occupé dans le cockpit, et seul le commandant regarde à l’extérieur, essayant de deviner son chemin à travers le rideau de pluie. La pression monte, il faut faire vite, car si le vent s’accentue, l’avion ne pourra pas décoller.

Après de longues dizaines de secondes, le commandant aperçoit enfin l’éclairage qui révèle la piste, sur sa droite. L’avion tourne donc sur sa droite et s’immobilise. Le commandant, qui a réduit sa vitesse par rapport à d’habitude, rappelons-le, est convaincu qu’il a parcouru les 250 mètres qui le séparaient de la piste 05L. Il aligne parfaitement l’avion sur l’axe central de la piste, et l’équipage procède à une ultime vérification avant de lancer le Boeing 747 à pleine puissance. Du coin de l’oeil, le commandant aperçoit le panneau d’entrée de piste, et y apercevant le numéro 05, il revient à ses procédures. De toutes façons, la coutume veut que dans le cas improbable où le pilote se trompait de piste, alors le contrôleur, avec sa vision panoramique depuis le haut de la tour de contrôle, devrait l’en avertir. L’officier pilote branche le système de guidage d’atterrissage, une habitude qui permet à l’équipage d’être guidé dans l’axe de la piste après le décollage. « Tiens, l’indicateur est dans le coin gauche, il nous dit que l’avion est à droite de la piste, pourtant le nez est bien sur la ligne centrale… » remarque-t-il. Le commandant, avec toute son expérience, répond que ce système ne fonctionne que quand il en a le temps.

La pluie s’intensifie, encore, et l’équipage n’a qu’une hâte : arracher l’avion du sol, et le mettre en sécurité, loin de cette tempête tropicale. Alors la voix du contrôleur se fait entendre dans le casque de chacun des trois pilotes : « Vous êtes autorisés à décoller de la piste 05L ». Soulagé, le commandant lance les quatre manettes en butée avant et les quatre réacteurs grondent. L’avion accélère jusqu’à 150 kilomètres par heure, avant que les trois pilotes n’aperçoivent à quelques dizaines de mètres devant eux une série d’obstacles en plein milieu de la piste. Le commandant tire frénétiquement sur le volant, mais l’avion n’a pas encore suffisamment de vitesse pour décoller. Il percute les obstacles, qui sont des engins de chantier, se disloque, et 125 tonnes de kérosène s’échappent des réservoirs et prennent feu. 83 personnes laisseront la vie sur la piste 05R de l’aéroport de Taïwan ce soir-là.

Revenons sur quelques points. D’abord, l’équipage n’a qu’une idée en tête, décoller le plus vite possible, à cause des conditions météorologiques. Toute l’attention des trois pilotes est monopolisée par cette donnée : un phénomène appelé tunnelisation, car un véritable tunnel mental se crée, ne permettant à celui qui en est victime de ne voir que son objectif au bout du tunnel, et l’isolant de tout le reste ce son environnement. Tout le reste, ce sont les indices qui auraient dû alerter l’équipage s’il n’était pas sous l’emprise de la tunnelisation. D’abord, le contrôleur n’averti pas le pilote, comme il est de coutume nous l’avons vu, qu’il est sur la mauvaise piste : première fausse confirmation. Dans les faits, la visibilité de 600 mètres sous l’averse, ne permettait pas au contrôleur de voir l’avion, depuis sa tour située à 1600 mètres des pistes. Ensuite, c’est ce dernier virage pour s’aligner sur la piste : il intervient après un interminable roulage qui laisse supposé que la distance des 250 mètres a été parcourue, deuxième fausse confirmation. Le commandant de bord avait réduit sa vitesse par rapport à d’habitude, et il n’a pas parcouru plus de 175 mètres. D’ailleurs, une piste fermée n’est pas censée être éclairée, et le commandant tourne sur une piste dont le balisage lumineux brille de mille feux : troisième fausse confirmation. Le panneau indique bien « 05 », quatrième fausse confirmation. Un coup d’oeil plus attentif aurait appris à l’équipage que le pannonceau affichait plus précisément « 05R ». L’officier pilote alerte le commandant de bord sur l’instrument de radionavigation qui leur indiquait être à droite de l’axe de la piste. Mais le commandant de bord, habitué aux instruments peu précis ou défectueux, avance que ce système doit être encore une fois en dysfonctionnement. Cinquième fausse confirmation.

Inconsciemment convaincus pendant tout ce temps qu’ils étaient sur la bonne piste, et leur attention étant focalisée sur un autre sujet, les pilotes n’ont pas capté les informations qui les alertaient sur leur erreur. Mieux encore, ils ont capté des informations qui, à leurs sens, confirmaient le fait qu’ils étaient sur la bonne piste. Ces signaux de confirmation étaient tellement puissants, que le commandement de bord était encore convaincu après le crash, et lors de l’entretien avec les membres du BEA (Bureau d’Enquête et d’Analyse pour la sécurité de l’Aviation Civile) local, qu’il avait emprunté la bonne piste. »

Ainsi, nous pouvons voir comment l’environnement stressant a modifié la manière de penser des pilotes, qui avaient une idée en priorité en tête, décoller le plus rapidement possible. Le cerveau a ainsi traité l’information de la façon la plus favorable à une prise de décision allant dans ce sens, et en a occulté les contre-indications, pourtant sous ses yeux. Il

Ce biais de confirmation est très prononcé dans les contextes politiques ou encore les situations émotionnelles. La subjectivité prend le dessus, donnant plus de poids au biais de confirmation. On remarque également beaucoup cette tendance avec les médias : télévision, réseaux sociaux… Encore plus quand on sait que Facebook par exemple va sélectionner les informations en fonction de notre historique de recherche : vous vous trouvez alors à tomber « par hasard » sur des articles venant conforter vos idées, et à détester (allez avouez-le, voire insulter) les sites ou posts qui mentionneront des postulats différents. Souvent, vous vous rendrez compte que nous n’allons pas chercher l’information mais bien la confirmation…

Pourquoi on aime le biais de confirmation ?

Alors pourquoi notre cerveau va-t-il instinctivement chercher la confirmation ? Il existe plusieurs raisons qui viennent motiver ce fonctionnement mais la principale explication est celle-ci :

En une journée, notre cerveau est noyé d’informations : il doit dépenser beaucoup d’énergie à percevoir, juger, apprécier, évaluer… Encore plus depuis quelques décennies avec le développement de la technologie, ou l’accès à l’information se fait partout et tout le temps. Souvent, ce n’est même plus vous qui allez à l’information c’est l’information qui vient à vous. Notre cerveau va alors préférer prendre des raccourcis qui lui feront gagner du temps, et de l’énergie.

Il est aussi bien plus facile et sécuritaire de trouver l’information qui va venir conforter nos croyances, nos fonctionnements, notre manière de voir le monde, plutôt que l’information qui nous invite à repenser toute un mode de fonctionnement, et parfois des habitudes ancrées depuis de nombreuses années.

Alors bien sûr, ce processus est inconscient et nous ne nous en rendons pas compte lorsqu’il agit. Il est plus facile pour nous de voir le monde tel que nous le pensons, et de le rendre conformes à nos attentes.

Alors peut-être êtes-vous sceptique et ne vous sentez pas concerné ? Pourtant, nous sommes tous concernés et sous influence de ce biais de confirmation. Quelques exemples :

  • Nous sommes en été et le summer body ne nous a jamais mis autant de pression. Ce matin, vous êtes monté sur la balance et le poids affiché ne vous convenait pas. « Il y a certainement un bug » vous êtes-vous dit. Alors vous êtes descendu, secoué un peu la balance, l’avez déplacée de quelques mètres sur la gauche (oui c’est du vécu… 😋), et la balance est sympa, elle vous affiche 500 grammes de moins. Vous redescendez et rangez la balance. « Et bien oui, c’est cette information qui est bonne, pas la première… ». Vous avez été victime du biais de confirmation.
  • Depuis quelques temps, vous avez la sensation qu’un proche vous évite, qu’il vous en veut pour une quelconque raison. Vous allez alors tenter de chercher l’information sur les réseaux sociaux, auprès de proches en commun, dans le téléphone de votre conjoint.e si c’est de lui.elle qu’il s’agit… Et vous allez forcément trouver des « preuves » de cette distanciation : « s’il me dit qu’il n’est pas disponible pour me voir c’est bien qu’il met une distance », « il parle à untel et pas à moi, donc c’est que c’est que le problème est avec moi. », « elle a écrit à Machin et elle ne me l’a pas dit, c’est qu’elle ne veut plus que je sois son confident et elle met une distance ».
  • A une échelle plus large, nous pouvons encore considérer les avis de communauté : par exemple, les platistes qui vont ignorer toutes les informations qui pourraient les contraindre à penser que la Terre est ronde, et vont aller chercher les informations confortant leurs pensées, sans même chercher à reconsidérer leur point de vue.

Des exemples, il y en a des milliers, et vous en faites l’expérience au quotidien (oui, oui tous les jours…). Je ne prends pas le risque, de vous énoncer les différents exemples que pourraient illustrer la Covid et la période de confinement : qu’il s’agisse de nos points de vue sur le virus en lui-même, les avantages et risques liés au confinement ou encore les « accusations » conspirationnistes qui visent le gouvernement quant au virus par exemple, mais je suis sûre que vous arriverez à faire des liens par vous-même… .

Alors une fois n’est pas coutume, et si vous avez lu mes autres articles vous vous doutez certainement de ce que je vais vous dire… Nos idées, nos croyances, nos préjugés dépendant majoritairement de notre parcours de vie, de nos projets, de notre éducation… et aussi de notre capacité et envie de nous remettre en question et modifier nos comportements.

Comment faire pour le contrer ?

Alors soyons clairs, le biais de confirmation ne peut pas être supprimé. Il fait parti du fonctionnement Humain, et viendra vous surprendre quand vous vous y attendrez le moins.

Cependant, il est tout de même possible d’en diminuer les effets, et cela passe par une première grosse étape, et pas la plus simple : la prise de conscience.

Prendre conscience du moment dans lequel vous faites face au biais de confirmation.

Nous ne pouvons pas changer un comportement si nous n’en avons pas conscience. Alors prenez un temps pour lister vos croyances, vos opinions politiques, économiques, sociétales, environnementales…. et les arguments qui vous confortent dans ces différents points de vue.

Réfléchissez aux informations que vous avez pu trouver ou chercher et qui sont venues confirmer votre idée. En cherchant l’information contraire, auriez-vous pu la trouver ? Si la réponse est oui, c’est que vous avez été influencé par le biais de confirmation.

Prendre le temps de se faire une idée

Alors oui je sais, nous vivons dans une société du « tout de suite, maintenant », et c’est valable aussi pour l’élaboration d’une réflexion, d’une prise de position…

Nous l’avons vue, le biais de confirmation est présent pour nous aider à prendre des décisions rapidement, et c’est justement pour cette raison que nous faisons des erreurs. Alors prenez le temps de faire des recherches larges et ouvertes. Ne cherchez pas « La Terre est-elle plate ? », mais plutôt ‘Quelle est la forme de la Terre ? », et prenez le temps de vous fier à la qualité des arguments, à votre objectivité, et faites taire votre subjectivité… en tout cas le temps d’un instant.

Soyez ouvert ! Chercher la preuve du contraire

Allez-même plus loin pour jouer avec votre cerveau, allez chercher sciemment l’information contradictoire pour vous mettre le doute, et voyez comment vous réagissez… Soyez le plus honnête possible avec vous-même et prenez votre décision une fois que vous avez pris connaissance des informations contradictoires.

Ne cédez pas à la pression des autres !

Oui c’est difficile, et c’est peut-être ici que le cerveau présentera le plus de résistance, car il va accorder plus de crédit aux personnes qui vous sont chères, que vous appréciez, ou qui selon vous ont le plus de crédibilité.

Vous pouvez aussi faire le choix d’une décision rapide pour répondre à la pression de votre supérieure hiérarchique par exemple ou de votre famille, et ainsi votre cerveau va faire le travail à votre place pour venir confirmer un début de réflexion. Il peut parfois être plus difficile d’en être conscient et de faire un travail de distanciation.

Alors si vous ne voulez pas finir comme les pilotes de la compagnie aérienne, je vous invite à rapidement prendre conscience de vos biais de confirmation… 😉

Cassandra Troncale – Coach et thérapeute sur Tours (37) Cabinet Kaléidoscope

En collaboration avec Erwan Doisy, pilote professionnel.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :